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Travail ne rime pas avec bataille

Jan 27, 2023 -

Nous savons que les salariés heureux au travail sont 31% plus productifs, 2 fois moins malades et 6 fois moins absents. Cette étude récemment menée par Harvard/MIT ne fait qu’alimenter une fois de plus les réflexions pluriséculaires des philosophes et scientifiques autour de la condition humaine et sa place dans le processus de production de biens et services. 

Etudiées par Platon, parodiées par Charlie Chaplin et exécrées par Karl Marx, les conditions de travail au sein du régime capitaliste sont maintenant en voie d’être réformées par le nouveau souffle du XXIème siècle. De plus en plus tournées vers l’individu et ses besoins essentiels, les sociétés occidentales revisitent leur mode de pensée pour faire de l’humain leur priorité. Aujourd’hui, les entreprises, et même les écoles, remettent en question leurs méthodes de travail. « Il est important de dissocier vie professionnelle et vie privée. Au sein de notre école, à Ferrières, on cherche à accompagner les étudiants dans l’identification de leurs forces afin qu’ils puissent créer leur propre parcours professionnel mais aussi de vie, en mettant du sens dans ce qu’ils entreprennent », Krumma Jonsdottir, directrice générale à Ferrières, Hospitality & Luxury Management School, s’applique, depuis 2019, à incorporer le facteur bien-être dans le programme de ses étudiants. Pour la représentante du well-being au sein de l’établissement, le bien-être est une compétence que l’on peut acquérir au même titre que le calcul mental ou l’anglais : « Je conçois cette préparation comme l’on entrainerait un athlète de haut niveau, à 360°, au niveau technique, physique, social et mental. Nous préparons les leaders de demain dans les industries de l’hospitalité et du luxe et ces métiers passionnants sont connus pour leur pénibilité dû à un rythme effréné et d’une charge émotionnelle du fait de la fréquence et de l’intensité des relations humaines ». 

En effet, bien qu’encore taboue en entreprise, la souffrance psychologique et physique au travail, notamment au service RH (Ressources Humaines), se fait sentir. Entre burn-out et addictions, la santé mentale des Français parle d’elle-même. Un sondage d’Opinion Way, d’octobre 2021, révèle que le taux de burn-out dans les entreprises françaises a doublé en un an. Evidemment, la crise sanitaire a boosté ces chiffres. En mars 2022, 2,5 millions des salariés français sont en état de burn-out sévère et, côté RH, 64% sont en situation de détresse psychologique, d’après une étude menée par Empreinte Humaine, cabinet indépendant spécialisé dans la qualité de vie au travail. « Lorsqu’on fait face à une personne en détresse, je pense qu’il faut l’accompagner et surtout pas la faire culpabiliser. Même s’il est vrai que, souvent, le réflexe égoïste du manager veut qu’il respecte ses objectifs et pense d’abord aux intérêts de sa société. Ça m’est arrivé, avec une personne de mon équipe, qui traversait une période particulièrement difficile. L’incompréhension et les mauvaises interprétations au sein de l’équipe n’aidant pas, j’avais donc décidé de lui laisser du temps pour travailler de chez elle, à son rythme. Nous avons échangé, sans forcer les choses et avons finalement trouvé une solution. Malheureusement, ces situations sont souvent mal gérées et les gens partent, bien qu’ils puissent être de très bons éléments. », témoigne Jean-Charles Denis, directeur général à Sonder France.  

Les dirigeants n’échappent pas à la conjecture, 4 managers sur 10 souffrent aussi de burn-out sévère en 2022, en France. Bien que la transformation des mentalités soit amorcée, il semble que le malaise n’épargne aucune sphère de l’entreprise. La génération Y, elle aussi, connaît et connaîtra de nombreux écueils en entrant sur le marché du travail. Allen Yong, 24 ans, diplômé de Ferrières et Skema Business School, confie son désenchantement en intégrant son dernier stage : « C’est un très bon exemple de la raison pour laquelle mon bien-être me paraît essentiel maintenant. Pendant ce stage, mes responsables, très exigeants, ne m’aidaient pas lorsque j’étais très fatigué. Avec 11h de travail quotidien, pour eux, le travail et la formation sont plus importants que tout le reste. J’ai donc appris à ne compter que sur moi-même pour assurer mon propre bien-être. Alors, les cours de well-being donnés à Ferrières m’ont permis de consacrer du temps à penser à des valeurs importantes comme l’amour et la gentillesse. Des valeurs que j’essaie de nourrir dans la vie de tous les jours ».  

Pour assurer un meilleur avenir à notre descendance, le gouvernement a annoncé, en mars 2022, le lancement d’une offre de formation au « secourisme en santé mentale » au sein de la fonction publique. Afin de développer la culture de la prévention et lutter contre la stigmatisation des troubles psychiques, l’OCDE a aussi un plan. COMPASS 2030, un projet éducation qui ciblera l’accompagnement des enfants, nés à partir de 2012, dans leur développement personnel. 

Laura Mendez